Après avoir développé ses compositions en quartet pendant plusieurs années, Daisy Bolter commence une collaboration au long cours avec le guitariste Paul Abirached, féru de recherches minimalistes et exigeantes.

Cette collaboration s’enclenche lors d’une résidence au Théâtre du Pilier (Belfort) en 2010, et se déploie tout d’abord en duo. Daisy crée des textes en Anglais et également, pour la première fois, en Français, entremêlant parfois les deux langues. Ses compositions, marquées par le Jazz, mais aussi par la Soul vintage, la Bossa Nova ou la Folk états-unienne, proposent un univers musical dépouillé et lumineux, proche de l’onirique. Sur scène, le duo offre une large place à l’improvisation instrumentale ou vocale, et les morceaux se ponctuent de courts récits où la voix voyage entre parole et chant.

Au fil des concerts dans les clubs parisiens (Sunset, Péniche Marcounet, La Bellevilloise…) naît l’envie d’élargir la palette sonore et d’ouvrir ce répertoire à d’autres instrumentations. Ainsi le duo invite-t-il notamment le contrebassiste Marc Buronfosse, la saxophoniste Amy Gamlen, le batteur Abdesslem Gherbi et la clarinettiste Yumiko Yamashita.

L’album elseWhere reflète toutes les facettes du projet scénique. Réalisé en autoproduction, il est enregistré au Studio du Val d’Orge par Jean Taxis, ciselé au mixage par Jean-Baptiste Brunhes et voit le jour en 2018.

Le son d’elseWhere est résolument acoustique, au plus proche de la respiration, de la personnalité de la voix et des instruments. L’album tisse différents mélanges de timbres et configurations instrumentales, pour souligner des énergies multiples des morceaux. Ainsi se succèdent des mélodies mélancoliques et aériennes soulignées par le saxophone d’Amy Gamlen, et des compositions au groove jubilatoire, soutenues par une rythmique basse-batterie. elseWhere explore l’expressivité propre de duos voix-batterie, voix-saxophone… Tout en revenant régulièrement au binôme voix-guitare formé avec Paul Abirached, au coeur du projet.

Dans les textes d’elseWhere se révèle une fascination pour le rêve et le souvenir — notamment Falling Slowly, où la chanteuse devient acrobate aérienne, s’élançant dans une chute vertigineuse infiniment ralentie… ou Pools, rêverie d’une femme du futur, contemplant des vestiges archéologiques de nos villes d’aujourd’hui.

A travers ces compositions, il s’agit d’écouter l’intime…Ainsi dans The Body Song résonne un questionnement inquiet et tendre à la fois sur le lien à notre corps. The Bitter Club s’amuse des injonctions qu’on ne cesse de se jeter à la figure. Coiffée de Branchages ouvre une brèche dans laquelle s’engouffrer pour s’envisager — corps, âme et désirs —entre réel et imaginaire.

Il s’agit aussi d’écouter l’émotion— que ce soit dans l’anodin du quotidien (l’amoncellement troublant des souvenirs anodins dans Elephant), la fragilité d’une mise à nu amoureuse (Once) ou le frémissement de joie des nouveaux départs (Bird).

Les textes d’elseWhere invitent à s’immerger dans l’intériorité, l’imaginaire et le sensible — pour évoquer aussi, de façon singulière et pudique, la dureté et les contradictions du monde qui nous entoure (Oh Lord Don’t Let Them Push me Off the Boat, Nejma).

De nombreuses références poétiques et visuelles traversent l’album : vers de Constantin Cavafis, photographies de la danseuse Martha Graham, fresques de l’artiste colombienne Alexandra Arango—dont un jaguar illustre la pochette de l’album.